La recherche commence souvent en ligne, en suivant les traces des grands couturiers avec lesquels Brochier Soieries a travaillé. Puis sur les sites de marchands spécialisés, de boutiques américaines consacrées à la revente de robes de luxe, ou encore auprès de collectionneurs qui conservent les créations des grandes maisons, les louent pour le cinéma ou les proposent à la vente.
À première vue, rien ne distingue nécessairement une robe parmi des centaines d’autres. Mais certaines étoffes accrochent le regard.
À force de travailler avec les archives, les motifs finissent par devenir familiers. Une fleur, un dessin géométrique, une certaine manière de faire vibrer l’or ou de travailler le velours peuvent réveiller un souvenir. Il y a aussi les photographies anciennes, les échantillons conservés par la maison et les témoignages de ceux qui y ont travaillé. Peu à peu se constitue une mémoire faite d’images, de matières, de noms de couturiers et de détails techniques.
Et parfois, une intuition surgit : cette robe pourrait avoir été réalisée dans un tissu Brochier Soieries.
Une intuition : cette robe pourrait avoir été réalisée dans un tissu Brochier Soieries
Pour la vérifier, je me tourne alors vers Paul Bergeron.
Paul Bergeron a fait toute sa carrière au sein de la maison, comme chef d’atelier et de production de Brochier Soieries. Il achetait les matières premières, la soie, les fils d’or ou le Lurex. Il définissait les tissages, s’adressait aux fabricants et leur passait commande. Il connaît les étoffes de l’intérieur, depuis le choix du fil jusqu’à leur sortie du métier.
Aujourd’hui âgé de plus de 90 ans, il demeure la mémoire vivante de cette production.
Je lui envoie la photographie d’une robe dénichée au milieu de tant d’autres. Sa réponse est souvent sans appel : « Non, ce n’est pas nous. » Puis, parfois, la bonne nouvelle est au rendez-vous : « Ah oui, celle-ci, sans aucun doute, elle vient de chez nous. Je me rappelle, c’est moi qui l’ai faite. »
Parfois même le numéro attribué par la maison à ce tissu plusieurs décennies auparavant revient à sa mémoire : « le 93-254, le 19-444, le 3082… »
Ces moments donnent à la recherche une dimension très particulière. La robe n’est plus seulement un objet aperçu sur un écran. Elle retrouve une origine, un atelier, des gestes et parfois même la voix de celui qui a participé à sa fabrication.
Certaines découvertes tiennent presque du miracle

Robe de James Galanos en velour de soie jacquard et fil d’or
Lorsque je travaillais à la création du musée, j’avais gardé près de mon ordinateur un échantillon Bianchini-Férier que j’aimais tout particulièrement. Il associait des fils d’or et du velours. Je ne savais pas encore comment l’intégrer au récit, mais quelque chose dans ce motif me retenait, si bien que je l’avais laissé à portée de main.
Un jour, au cours d’une recherche sur Internet, une robe du grand couturier américain James Galanos est apparue à l’écran.
Elle portait exactement le même motif que l’échantillon posé à côté de mon ordinateur.
En retournant dans les archives, j’ai retrouvé une photo de défilé de Paco Rabanne sur laquelle un mannequin défile avec une cape monumentale réalisée dans ce même tissu, des échantillons et les différentes gammes de couleurs. Tout concordait. Le tissu qui m’accompagnait silencieusement depuis des mois venait soudain de retrouver sa robe.
Identifier une pièce n’est encore que le début de l’aventure
Il faut ensuite contacter son propriétaire ou son vendeur, parfois négocier son acquisition, puis organiser son transport. Beaucoup des robes aujourd’hui conservées par le musée sont venues de très loin, notamment des États-Unis ou d’Australie. Tout peut arriver pendant le transport, croyez-en mon expérience. L’une d’entre elles a même été sauvée de la bouche d’un chien…
Une fois la robe arrivée à Lyon, l’enquête se poursuit. Il faut retrouver la date de sa création, identifier avec précision le couturier, comparer les sources et documenter son histoire. Enfin, la pièce doit être inventoriée, photographiée, conditionnée et conservée dans des conditions adaptées, en attendant de pouvoir être présentée au public.
Chaque robe retrouvée ajoute ainsi une page à l’histoire de la maison.
Elle témoigne d’une rencontre entre un couturier et un soyeux, entre une silhouette et une matière. Elle rappelle aussi que derrière les grands noms de la mode se trouvent des ateliers, des techniciens, des dessinateurs, des tisseurs et une chaîne entière de savoir-faire souvent demeurée invisible.
Julie Dodet, commissaire d’exposition
BROCHIER SOIERIES, 130 ANS DE SOIE, D’OR ET D’ARGENT
Exposition à partir du 1er octobre 2026
Musée Soieries Brochier
18 quai Jules Courmont, 69002 Lyon
