Lorsque le Musée Soieries Brochier a ouvert ses portes en 2022, une évidence s’est rapidement imposée. Parmi les nombreuses créations qui ont marqué l’histoire de la maison depuis 1890, les étoffes d’or et d’argent occupaient une place singulière. Elles avaient séduit les plus grands couturiers, accompagné certaines des plus belles silhouettes du XXᵉ siècle et continuaient, aujourd’hui encore, d’inspirer les créateurs.

Retrouver les robes réalisées dans les étoffes Brochier Soieries allait impliquer une véritable enquête.

Robe du soir pour madame de Bligny de Paul Poiret, plissé lamé argent et soie

Robe du soir de Paul Poiret pour madame de Bligny, plissé lamé argent et soie

Après avoir été tissées, les étoffes ont été livrées aux maisons de couture parisiennes, milanaises, mais aussi américaines ou australiennes. Après avoir été confectionnées dans ces plus beaux ateliers, elles ont rejoint les défilés, puis les collections particulières ou bien même les musées, parfois à l’autre bout du monde. Chaque nouvelle identification est une véritable émotion : celle de voir réapparaître une création dont l’histoire nous avait échappé. Peu à peu, les découvertes se sont multipliées et une conviction est née : ces étoffes faites de soie, d’or et d’argent méritaient une exposition à part entière.

À mesure que le projet d’exposition avançait, l’histoire continuait de s’écrire.

Alors que les recherches permettaient de retrouver de nouvelles robes réalisées dans les étoffes Brochier Soieries, la maison développait simultanément de nouveaux projets autour des fils d’or et d’argent. La collaboration avec l’artiste Thomas Henriot donnait naissance à une série d’œuvres monumentales tissées d’or, tandis que de nouvelles recherches textiles étaient engagées pour Rick Owens. De son côté, Brochier Technologies poursuivait le développement de textiles innovants à base de fils métalliques. L’exposition prenait alors tout son sens : elle ne racontait plus seulement une histoire, elle montrait une création toujours en mouvement.

L’exposition Brochier Soieries, 130 ans de soie, d’or et d’argent invite ainsi à changer de regard.

Car là où l’on admire d’abord une silhouette, le soyeux regarde d’abord le tissu. Derrière chaque robe se cachent des mois de recherche, d’expérimentation et de dialogue entre dessinateurs, tisseurs, fabricants de fils métalliques, ennoblisseurs et couturiers.
Parce qu’une étoffe ne se contemple pas seulement, le parcours invite également à l’expérience sensible. Certaines matières peuvent être touchées, révélant leur souplesse, leur relief ou leur éclat, une autre manière de comprendre ce qui fait la singularité d’une maison de soierie.
Des lamés or imaginés pour Paul Poiret ou Yves Saint Laurent aux textiles les plus contemporains, l’exposition montre comment une même fascination pour la matière continue, depuis plus de cent trente ans, à nourrir l’imagination des artistes, des couturiers et des équipes de Brochier Soieries.

Julie Dodet, commissaire d’exposition.