Station Séricicole de Băneasa

Alors que l’Europe importe aujourd’hui l’essentiel de la soie qu’elle transforme, un projet ambitieux prend forme en Roumanie : faire renaître une filière séricicole presque disparue et créer à Băneasa, près de Bucarest, un centre de recherche de référence consacré au ver à soie et au mûrier.

Porté par la Station de Recherche Séricicole de Băneasa et soutenu par le ministère roumain de l’Agriculture et du Développement rural, ce projet entend reconstruire progressivement toute une filière, de la culture du mûrier à l’élevage du ver à soie, puis à la production et à la transformation du fil.

Une ambition à laquelle Brochier Soieries contribue aujourd’hui, à travers l’engagement d’Eliza Ploia, membre de la Commission Séricicole Internationale. Depuis Lyon, elle participe à la mise en relation des équipes roumaines et françaises et accompagne la transmission des connaissances nécessaires à cette renaissance.

La Roumanie, une ancienne terre de soie

L’histoire de la soie en Europe est ancienne. Introduite par la Grèce dès le VIe siècle, la sériciculture se diffuse progressivement sur le continent à partir du Moyen Âge. En Roumanie, elle s’implante durablement en Valachie au XVIIIe siècle avant de se développer largement au XIXe siècle, notamment dans la plaine du Danube. La soie, appelée en roumain « borangic », entre alors jusque dans la production textile domestique des campagnes.

Comme en France et dans une grande partie de l’Europe, cette activité décline ensuite progressivement. Les maladies du ver à soie, l’apparition des fibres artificielles puis la concurrence des pays asiatiques fragilisent la production européenne. En Roumanie, la sériciculture se maintient plus longtemps, notamment sous le régime communiste, avant de connaître un
effondrement rapide à partir des années 1990.

Il ne subsiste aujourd’hui qu’un petit nombre de producteurs roumains et une filière encore embryonnaire. Mais de nombreux mûriers présents dans le pays témoignent toujours de l’importance qu’y occupait autrefois la sériciculture.
C’est sur cet héritage que la Roumanie souhaite aujourd’hui reconstruire.

À Băneasa, un nouveau centre de recherche pour préparer l’avenir

Au cœur de cette renaissance se trouve la Station de Recherche Séricicole de Băneasa-Bucarest.

Créée sous sa forme actuelle en 2023 en tant qu’établissement public placé sous l’autorité du ministère roumain de l’Agriculture et du Développement rural, elle est l’héritière d’une longue tradition de recherche séricicole. Elle conserve notamment un patrimoine génétique exceptionnel composé de 84 lignées pures de Bombyx mori, le ver à soie domestique.

Sous la direction de Teodor Mihalcea, la station fait aujourd’hui l’objet d’un important programme de développement : construction d’un centre de recherche moderne, constitution d’une équipe de chercheurs et de techniciens, préservation et amélioration des lignées de vers à soie, recherche sur les variétés de mûriers et développement des techniques d’élevage.

Le nouveau centre de Băneasa, complété par deux sites de développement à Cislău et Dolj, devrait être pleinement opérationnel à partir de 2027. Avec ses nouvelles installations et son patrimoine génétique, il a l’ambition de devenir un centre européen de référence pour la recherche séricicole.

Mais l’objectif dépasse largement la seule recherche scientifique. Le plan de relance envisage à terme la reconstruction de l’ensemble de la chaîne : développement des surfaces plantées en mûriers, formation des éleveurs, augmentation de la production de cocons, développement de nouvelles unités de filature, puis du moulinage et du tissage.

L’enjeu est donc bien de faire renaître une véritable filière de la soie en Roumanie.

Eliza Ploia, un trait d’union entre Lyon et la Roumanie

Elza Ploia en démonstration

Elza Ploia en démonstration

C’est en 2024 qu’Eliza Ploia découvre l’existence du projet de renaissance de la Station de Băneasa.
Roumaine d’origine et installée à Lyon depuis 2004, Eliza travaille avec Brochier Soieries depuis 2005. Depuis 2014, elle mène également un élevage pédagogique de vers à soie (Bombyx mori) au sein de Brochier Soieries Vieux Lyon, permettant au public de découvrir les différents stades de développement du ver jusqu’à la production du précieux fil.

Chaque année, elle fournit également des œufs de vers à soie à près de 200 écoles en France et en Europe pour leurs élevages pédagogiques. Son intérêt pour la sériciculture l’a par ailleurs conduite à rejoindre la Commission Séricicole Internationale.

Lorsqu’elle apprend en 2024 que la Roumanie a réactivé sa station de recherches séricicoles, elle prend contact avec son directeur, Teodor Mihalcea. Une première rencontre a lieu à Lyon en mai 2025, à l’occasion de la venue d’une délégation de la Commission Séricicole Internationale, puis à Băneasa en juillet de la même année.

Eliza propose alors de créer un échange d’expériences entre l’équipe roumaine et les spécialistes français de la sériciculture.
Une démarche qui prend rapidement une dimension très concrète.

De Lyon à Băneasa : partager et transmettre les savoir-faire

Les 16 et 17 mars 2026, Eliza Ploia et Signorino Leonardi se rendent à Băneasa pour une nouvelle mission de travail. Membres de la Commission Séricicole Internationale, ils y établissent un lien de collaboration technique et scientifique visant à contribuer au maintien du patrimoine génétique roumain et au redéveloppement de l’élevage du ver à soie.

Cette visite permet également d’évaluer les installations existantes et les besoins techniques, scientifiques et économiques nécessaires à la reconstruction d’une production de soie roumaine.

Une nouvelle étape est franchie du 24 au 28 mai 2026. Sous l’égide de Brochier Soieries – Vieux Lyon, Michel Costa, ingénieur agronome et spécialiste de la sériciculture, et Alexandra Gaidos, économiste et coprésidente de Cévennes en Soie, se rendent à leur tour en Roumanie. Leur mission vient directement prolonger le travail engagé par Eliza Ploia et Signorino Leonardi deux mois auparavant.

Michel Costa apporte au projet une expérience particulièrement précieuse. Installé à Monoblet, dans les Cévennes, il maîtrise l’ensemble du processus séricicole, depuis la culture et la multiplication du mûrier jusqu’à l’élevage du ver et au dévidage des cocons. Il a également participé à plusieurs missions internationales d’assistance technique consacrées à la production de soie.

La collaboration initiée par Eliza permet ainsi de mettre en relation le potentiel scientifique et génétique de Băneasa avec des savoir-faire séricicoles encore vivants en France.

30 000 graines de mûrier et de nouveaux projets de formation

Cette coopération commence aujourd’hui à se traduire par des actions concrètes.

Michel Costa a notamment fait don à la Station de Băneasa de 30 000 graines de mûrier. L’équipe roumaine doit commencer les premiers essais de semis en 2027, avec l’objectif de travailler sur la multiplication et la sélection de variétés adaptées aux conditions locales.

Le mûrier constitue en effet l’un des éléments fondamentaux de toute relance séricicole : la qualité et la quantité de feuilles disponibles conditionnent directement l’élevage des vers à soie et, à terme, la production de cocons.

Un stage de formation pratique dans les Cévennes est également à l’étude pour le printemps 2027. Des membres de l’équipe de Băneasa pourraient rejoindre Michel Costa à Monoblet au moment du lancement de son élevage afin de se former directement aux pratiques de sériciculture et de moriculture.

Cette transmission des compétences constitue l’un des enjeux majeurs identifiés au cours des différentes missions. Après plusieurs décennies de quasi-disparition de la sériciculture européenne, certaines connaissances doivent aujourd’hui être retrouvées, partagées et transmises à une nouvelle génération de chercheurs et de producteurs. Le rapport de la mission du mois de mai souligne ainsi l’intérêt de former les responsables de futures fermes pilotes et de développer un véritable réseau de contacts européens et internationaux autour de Băneasa.

Une dynamique qui dépasse les frontières roumaines

Cette renaissance suscite désormais un intérêt qui dépasse la Roumanie.

En octobre 2026, la Commission Séricicole Internationale se réunira en Roumanie, avec notamment des visites de filatures encore en activité. Ce rendez-vous témoigne de la dynamique qui se construit autour de la région et de la volonté de remettre en relation chercheurs, producteurs et spécialistes de la transformation de la soie. Car derrière le projet roumain se dessine une question plus large : celle de l’avenir de la production de soie en Europe.

La France comme la Roumanie ont autrefois maîtrisé l’ensemble de cette chaîne, de la plantation des mûriers à la filature. Aujourd’hui, l’Europe est très largement dépendante de l’Asie pour son approvisionnement en fil de soie. Reconstruire une production européenne prendra du temps et nécessitera des investissements, des travaux de recherche et surtout la transmission de compétences devenues rares.

Grâce à son patrimoine séricicole, à ses conditions environnementales et à son savoir-faire textile, la Roumanie possède néanmoins de sérieux atouts pour jouer un rôle pionnier dans cette renaissance européenne.

Visite de la commission internationale séricicole à Brochier Soieries Vieux Lyon le 19 mai 2025

Visite de la commission internationale séricicole à Brochier Soieries Vieux Lyon le 19 mai 2025, délégations Roumanie, Inde, Bangladesh, Japon, Thaïlande, Ouganda, Ghana et Mozambique

Brochier Soieries, engagée pour l’avenir de la soie

Pour Brochier Soieries, accompagner cette initiative s’inscrit naturellement dans l’histoire d’une Maison qui travaille et transforme la soie à Lyon depuis 1890.

Depuis plus d’un siècle, la Maison perpétue des savoir-faire liés à cette matière exceptionnelle. Mais préserver la soie ne signifie pas seulement préserver les gestes permettant de la tisser, de l’imprimer ou de la transformer. Cela signifie également s’intéresser à l’origine même de la matière, à sa production et aux femmes et aux hommes qui en détiennent encore les connaissances.

À travers l’engagement d’Eliza Ploia, les liens créés entre Băneasa, Lyon et les Cévennes et les échanges de compétences qui se mettent aujourd’hui en place, Brochier Soieries souhaite ainsi contribuer, à son échelle, à la transmission des savoir-faire séricicoles et à la renaissance d’une production de soie en Europe.